Quatre mesures décident de ce que devient un vêtement. Aucune des quatre n’apparaît sur une photographie.


La laine se mesure en microns, le millième de millimètre. Une fibre fine plie quand elle rencontre la peau. Une fibre épaisse résiste, appuie au lieu de céder. La peau signale cette pression. C’est ce qui fait que vous dites « ça gratte ».
Le seuil se situe autour de 30 microns. En dessous, la fibre plie ; au-dessus, elle appuie. Notre laine ne dépasse pas 19 microns. Le négoce lainier classe les toisons sur cette seule échelle, bien avant qu’un fil existe.
Ultrafine, superfine, fine, moyenne, forte : ce sont les cinq noms sous lesquels la laine se vend aux enchères.
Un fil de coton n’est pas un filament continu, c’est une masse de fibres courtes tordues ensemble. Chacune a deux extrémités, et une extrémité finit toujours par migrer vers la surface. Elle frotte, elle s’enroule avec ses voisines, et la bouloche apparaît.
Plus les fibres sont courtes, plus il y a d’extrémités sur la même longueur de fil, donc plus il y a de bouloches. Le coton ordinaire fait 26 millimètres.
Le métier trace sa ligne à un pouce trois huitièmes, soit 34,9 millimètres : au-dessus, la fibre est dite extra-longue. Elle représente 3 % de la production mondiale, fibres longues comprises. C’est là que se trouvent le Sea Island et le Pima. Le premier pousse dans les Caraïbes, à la Barbade et à la Jamaïque, et le monde entier en produit environ 150 balles par an. Le second vient du Pérou et du sud-ouest des États-Unis, où il se vend sous le nom de Supima ; c’est le coton le plus répandu au sein des maisons. Notre coton ne descend pas sous 35 millimètres.
Le négoce compte en pouces : un pouce un huitième, un pouce un quart, un pouce trois huitièmes. C’est la dernière ligne qui sépare l’extra-longue du reste.

Le cachemire est le mot le plus maltraité du vestiaire, et pourtant c’est l’une des fibres les plus prisées.
Une chèvre porte deux pelages superposés. Dehors, un poil de couverture, raide, qui arrête la pluie. Dessous, un duvet très fin, qui arrête le froid. Le cachemire est le duvet seul. Pour l’obtenir, on l’éjarre. L’éjarrage sépare les fibres fines et douces des poils grossiers et durs, qu’on appelle les jarres.
Le duvet fait 14 microns, le poil 47 microns. C’est pour ça qu’un cachemire mal éjarré pique, alors qu’il est vendu comme la fibre la plus douce du monde.
Une chèvre donne 350 grammes bruts dans l’année ; il en reste moins de 200 une fois lavé et éjarré.
Aux États-Unis, la loi chiffre. Pour écrire cachemire, il faut une moyenne d’au plus 19 microns, un écart d’au plus 24 % autour de cette moyenne, et pas plus de 3 % de fibres au-dessus de 30. Une fibre qui ne passe pas ces seuils doit être vendue sous le nom de laine.
En Europe, il n’y a aucun seuil. Le règlement définit le cachemire par l’animal, pas par la finesse. Un duvet à 21 microns est du cachemire en Europe, et n’en est pas aux États-Unis.
Un cachemire qui ne bouge pas avec le temps tient à deux mesures, le micron qui dit l’épaisseur d’une fibre et le millimètre pour sa longueur. Un cachemire peut être parfaitement fin et court, or c’est la longueur qui décide de sa tenue dans le temps. Trop court, il bouloche en trois lavages, exactement comme un coton. Notre cachemire ne descend pas sous 34 millimètres.
Longueur de fibre, en millimètres. C’est la même règle pour les deux : sous 28 millimètres, une fibre bouloche, qu’elle vienne d’une chèvre ou d’un cotonnier.
La soie a son unité, le momme, et elle vient du Japon : le monme valait 3,75 grammes dans l’ancien système japonais des poids. Aujourd’hui, un momme, c’est le poids en livres d’une pièce de 100 yards sur 45 pouces ; soit 4,34 grammes par mètre carré. Un carré se tient entre 12 et 18 mommes. Les carrés qui comptent commencent à 14, et le nôtre y est.
À fibre égale et à poids égal, deux tissus ne se comportent pas pareil. Dans un satin, un fil passe au-dessus de plusieurs autres avant de replonger ; ces longs segments en surface renvoient la lumière, d’où le brillant, mais laissent peu de prise, d’où le glissement.
Dans un sergé, les croisements sont serrés et décalés d’un fil à chaque passage, c’est ce décalage qui dessine la diagonale, et cette diagonale accroche. Un nœud tient sur un sergé et descend sur un satin, avec la même soie et le même poids.
Certaines de nos soies imprimées viennent de chez Liberty, à Londres. Chaque saison, on veut rendre hommage à un savoir-faire, et on continuera quand on imprimera les nôtres. Pour la première saison, c’est Dungeness.

« Soie végétale ». « Cuir de cactus ». « Fibre écologique ». Ce sont des noms commerciaux, pas des matières. Le règlement européen, lui, ne connaît que des dénominations : polyester, polyamide, polyuréthane, viscose, acrylique.
En 2025, la Commission européenne a fait analyser 132 vêtements dans huit pays. 49 portaient une étiquette qui ne correspondait pas à leur composition réelle, soit 37 %.
Et même exacte, une étiquette reste approximative. Le règlement accorde des marges : un vêtement annoncé « 100 % cachemire » peut contenir 2 % d’autre chose, et un « 30 % cachemire » reste conforme tant que la mesure tombe entre 27 et 33. Mais une étiquette exacte n’est pas une étiquette précise.
Aparthés travaille avec des matières naturelles, agneau, veau, soie, coton et bien d’autres. Concernant le synthétique, on évite d’y recourir, sauf quand il a son utilité. Sur certaines pièces, un fil technique tient une couture ou une forme ; c’est cette utilité-là. On l’écrit, et on dit où il est. Ce qu’on refuse, c’est qu’on le déguise en autre chose.
Ça ne se voit pas.
Ça se mesure.